
Des bourses d’études permettent à une trentaine de jeunes haïtiens d’être accueillis dans les établissements d’enseignement agricole des trois Départements Français d’Amérique (Guadeloupe, Martinique, Guyane) pour suivre une formation en BTSA.
Rencontre avec Gerardo Ruiz, chargé de mission Amérique latine au Bureau des relations européennes et de la coopération internationale (BRECI) de la DGER, en charge du suivi du Réseau Antilles Guyane Caraïbes.
Pouvez-vous rappeler la génèse et l’historique du projet ?
Gerardo Ruiz : En décembre 2009, donc avant le dramatique séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010, entraînant la mort de plus de 200 000 personnes, la Guadeloupe (le service de la formation et du développement et le lycée) a organisé une Journée régionale de la coopération internationale, avec la participation des établissements d’enseignement agricole de Guyane, Martinique et Guadeloupe, sous l’égide du BRECI.
A cette occasion, ils ont exprimé la volonté de travailler avec Haïti et ont suscité la création du réseau géographique Antilles Guyane Caraïbes.
Je veux souligner que c’est grâce à cette initiative précoce qu’a pu naître le projet que nous portons ensemble aujourd’hui et qui consiste à accueillir des jeunes haïtiens dans les trois lycées de Guyane, Martinique et Guadeloupe afin de suivre une formation diplômante en BTSA.
Après le séisme, nous avons présenté notre projet à la Mission interministérielle pour la reconstruction d’Haïti (MIRH) qui a été constituée en France. Il a été retenu et a obtenu un financement du ministère des Affaires étrangères et européennes de 320 000 euros pour quatre ans. C’est ainsi que trois promotions de 10 jeunes haïtiens sont engagées dans cette formation, pour une durée de deux années.
Schama Labranche, jeune haïtien, présente un panorama de l’agriculture haïtienne à ses camarades au lycée agricole de Baie Mahault (Guadeloupe)
Pourquoi avoir retenu le niveau BTS ?
G.R. : Ce niveau correspond aux besoins en formation professionnelle exprimés par le ministère de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural d’Haïti (MARNDR), qui est naturellement notre interlocuteur en la matière. Haïti a en effet un besoin pressant de techniciens supérieurs, et les trois BTS (technologie végétale, gestion et protection de la nature, développement agricole des régions chaudes) que nous proposons sont en phase avec ce besoin. Concrètement, l’argent mobilisé permet de financer la prise en charge de la totalité des frais ainsi que la mise à disposition d’une bourse de vie pour chaque étudiant.
Quel est le premier bilan de l’action et comment envisagez-vous ses suites ?
G.R. : Je veux d’abord souligner l’importance du travail en réseau pour conduire un projet commun. C’est ce qui nous a permis de mettre en place une action dont on peut déjà dire que le premier bilan est très satisfaisant, puisque les résultats des élèves sont tout à fait à la hauteur des attentes. C’est vrai notamment en Martinique où un des étudiants haïtiens accueillis est le premier de sa promotion, et cette motivation est partout confirmée.
On enregistre par ailleurs avec satisfaction une mobilisation forte des enseignants afin de parvenir à une bonne intégration des étudiants, appuyée par une communication dans la presse locale via le canal des DDAF.
Par ailleurs, nous préparons déjà, avec le Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) et l’Ambassade de France à Port-au-Prince, le retour des ces jeunes en Haïti, afin qu’ils s’intègrent et participent au développement de leur pays (installation en tant qu’agriculteurs, salariés d’entreprises agricoles, etc).


© MAAPRAT, 2010